Le cycle de Noon – L.L. Kloetzer

Troisième volet du cycle de Noon, Noon — Le Désert des cieux est paru le 19 juin 2025 aux éditions Le Bélial’. Il vient clore une trilogie de romans de fantasy consacrée aux aventures du sorcier Noon et de son fidèle acolyte, le vieux mercenaire Yors. Le cycle avait débuté avec, Noon du soleil noir en juin 2022, suivi de Noon — La Première ou dernière en mars 2023. Bien que chaque tome puisse, en théorie, se lire de manière autonome, il serait sot de s’y risquer. Car si les récits sont distincts, ils s’enchaînent, et une fois les bases posées — personnages, lieux, monde — les auteurs ne s’attardent pas à les représenter. Autant le dire sans détour : qui ignorerait l’ordre naturel des choses s’exposerait aux brumes de la confusion. Et quand la magie affleure à chaque page, mieux vaut ne pas irriter les sorciers, qu’ils soient de chair ou d’ombre. Autrement dit : s’embarquer dans le cycle de Noon n’implique pas de tout lire, mais mieux vaut commencer par le début. Libre à chacun de s’arrêter en chemin.

Ce cycle se veut un hommage à la Sword & Sorcery, ce genre qui a nourri notre adolescence à vous comme à moi (sinon, vous ne seriez pas là, à lire ces pages), et dont l’influence sur les jeux de rôles — auxquels nous avons consacré tant d’heures — fut constitutive. Laure et Laurent Kloetzer empruntent en particulier au Cycle des épées de Fritz Leiber, dont les héros Fafhrd et le Souricier Gris ont inspiré le duo Noon–Yors, tout comme la cité de Lankhmar, reprise ici sous son surnom de la Cité de la Toge noire, qui est le théâtre des aventures de Noon. L’idée Laure et Laurent Kloetzer est venue une dizaine d’années avant la sortie du premier volume, ainsi qu’ils le racontent sur leur blog.  

Dès le premier tome, Noon du soleil noir, il apparait clairement que les auteurs ne se contentent pas d’un simple hommage, mais choisissent de moderniser la Sword & Sorcery — sans pour autant le dénaturer le genre — en conservant les fondamentaux et en les dépoussiérant pour proposer des romans qu’on peut lire en 2025 dans froncer les sourcils ni bailler. Ainsi, plutôt que copier leurs modèles, le tandem Noon le sorcier et Yors le guerrier fonctionne selon une dynamique proche de celle de Sherlock Holmes et le Dr Watson. Ce choix s’incarne notamment dans la narration confiée à Yors, héros vieillissant et terre à terre, qui guide le lecteur à la fois par son ignorance à l’endroit des arcanes et sa connaissance de la Cité, avec la franchise et l’humour qui permettent de naviguer à travers les mystères du monde, en particulier face à Noon, personnage énigmatique et manifestement étranger à notre réalité. Les personnages secondaires bénéficient également d’un traitement soigné : leurs portraits se construisent par touches discrètes, révélant des singularités qui les inscrivent avec finesse dans le présent. Par ailleurs, la Cité de la Toge Noire, lieu central de la trilogie et véritable personnage à part entière, s’inscrit dans une géographie reconnaissable. Bien que fictive, elle entretient un lien étroit avec notre monde réel, et plusieurs indices, disséminés avec parcimonie, permettent d’en deviner l’emplacement exact et l’inspiration. Je laisse au lecteur le plaisir à les découvrir par lui-même…

La thématique centrale du cycle, comme souvent en fantasy, est le pouvoir et sa corruption. Si les maux du présent — complots politiques, mensonges, assassinats — menacent la survie de la société, notamment dans le deuxième tome, La première ou dernière, le sorcier Noon s’intéresse quant à lui aux strates plus profondes de la cité, interrogeant un passé qui la hante, jusque dans ses fondations. On pourrait parler de péché originel et les révélations du troisième tome, Le Désert des cieux, ne sont pas sans évoquer la célèbre nouvelle Ceux qui partent d’Omelas d’Ursula K. Le Guin. Noon, face à une injustice, n’a que faire d’un palais qui menace de s’effondrer. Les références littéraires ne manquent pas, et le lecteur attentif saura identifier les multiples clins d’œil à d’autres œuvres, de la fantasy de Fritz Lieber à Shakespeare, à travers des situations, personnages, et descriptions inspirées.

Tout ceci demeure pourtant secondaire. Au-delà de la nostalgie du genre, des clins d’œil et des influences, ce qui frappe véritablement à la lecture du cycle, c’est le sérieux avec lequel Laure et Laurent Kloetzer abordent leur matière, et le soin qu’ils apportent à la construction du récit — ou plutôt des récits — et de leurs personnages. C’est aussi la qualité de l’écriture, dont on sent qu’elle s’épanouit au fil des volumes. Dans Le Désert des cieux, on perçoit à chaque page le plaisir qu’ont pris les auteurs à la confection de leur ouvrage. Le style, à la fois précis, fluide et pleinement maîtrisé, épouse avec justesse les rythmes et les nuances du récit. C’est cela, avant tout, qui rend la lecture du cycle de Noon si réjouissante.

Enfin, le texte ne vient pas seul, et chacun des volumes profitent des illustrations de Nicolas fructus qui viennent enrichir cet univers. Là encore, on remarque le travail qui gagne en ampleur. Parcimonieuse au début, presque timide, comme pour ne pas déranger, l’illustration se lâche, conquiert les pages dans la troisième tome, s’incruste dans le texte, accompagne et influence le récit.

Le Désert des cieux m’est apparu comme le meilleur des trois tomes du cycle. C’est peu dire, et je ne peux que vous inviter à rejoindre Noon et Yors, ainsi que la petite dernière Meg, dans les rues et sous les cieux de la cité de la Toge Noire.


  • Noon du soleil noir, juin 2022, Le Bélial’, illustrations de Nicolas Fructus, 288 pages, 19,90 €
  • Noon — la Première ou dernière,mars 2023, Le Bélial’, illustrations de Nicolas Fructus, 416 pages, 22,90 €
  • Noon — Le Désert des cieux, juin 2025, Le Bélial’, illustrations de Nicolas Fructus, 464 pages, 23,90 €

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