
Vous qui entrez ici, abandonnez toute incrédulité. L’œuvre de James Morrow, publiée depuis 2000 au Diable Vauvert, s’inscrit volontiers dans le registre de la science-fiction mais elle est essentiellement de nature satirique. Le questionnement philosophique s’opère à travers le prisme de l’humour loufoque et souvent absurde. Si vous souhaitez découvrir James Morrow, autant savoir où vous mettez les pieds. Les amateurs d’anticipation sérieuse risqueront d’être décontenancés. Après avoir corrigé le christianisme dans Lazare attend en 2021 (roman partiellement rédigé à l’occasion d’une résidence au Diable Vauvert), c’est au réchauffement climatique et à ses causes qu’il s’attaque dans Le Monde et vice versa qui a vu la primeur d’une publication en français le 8 mai 2025 – pour dire les liens passionnés de l’auteur américain avec son éditeur gardois et notre pays. C’est encore, bien sûr, via la satire loufoque que la thématique est abordée.
Et loufoque, Le Monde et vice versa ne perd pas de temps à l’être. Le postulat de départ est posé dès les premières pages : la Terre est creuse, et alors que le monde du dessus, Solaria, se réchauffe inexorablement, celui du dessous, Quondonia se refroidit tout autant. Tout ceci, Eamon Keen l’ignore encore lorsqu’il va diner seul un soir de Noël dans un petit restaurant asiatique à New York. Il y rencontre Dalia Zettel, croisée dans un club d’écriture. Alors qu’ils discutent de leurs projets littéraires respectifs, il sont interrompus par un certain Tully Burtle qui dit venir d’en dessous, et représenter le gouvernement de Quondonia. Ce dernier a mis au point un plan pour sauver aussi bien le monde d’en haut que celui d’en bas. Ce projet d’ingénierie est si outrancier pour la raison – plus encore que l’idée d’une Terre creuse – que Quondonia a besoin d’Eamon Keen pour rédiger un discours à même de rallier à l’idée la population du monde concave. Keen est en effet connu chez nous, côté soleil, pour avoir longtemps été la plume compétente d’hommes politiques dont il ne partageait pas forcément les idées politiques. Sur ce, le fortune cookie d’Eamon se met à débiter des prédictions prenant la forme de conseils à la précision et à l’urgence troublantes. Eamon et Dalia embraquent avec Tully vers les profondeurs de la Terre. Début des aventures…
Roman baroque et barré, Le Monde et vice versa est une rencontre littéraire à l’esthétique rétrofuturiste entre Don’t look up et Everything Everywhere All at Once. Son titre anglais, Madly in all directions, résume avec beaucoup de pertinence ce que le lecteur va subir en ouvrant ces pages. On y croise un avatar halluciné de Greta Thunberg, des monstres géants nés des émanations moralement toxiques de méga-compagnies mortes type Exxon ou Lehman Brothers, des ingénieurs qui cherchent à réparer les dégâts qu’ils ont eux-mêmes causés en échafaudant des solutions pires encore, et des sorciers fous. Le tout dans une « race to the bottom » aussi littérale que métaphorique.
Aussi, lecteur, tu n’iras pas chercher dans Le Monde et vice versa des solutions – politiques ou scientifiques – au réchauffement climatique. Tu iras y soigner ton anxiété par une bonne dose de rire. Avant de te dire, en lisant le tout dernier chapitre : et si on arrêtait d’être cons ?
D’autres avis : Gromovar, Le Nocher des livres,
- Titre : Le Monde et vice versa
- Auteur : James Morrow
- Traduction : Sara Doke
- Publication : 8 mai 2025, Au diable vauvert
- Nombre de pages : 400
- Format : broché (24 €) et numérique (12,99 €)
Si on rigole, alors, c’est une lecture qui fait du bien 😉
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Si ça soigne mon éco-anxiété, alors xD
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Hmmmm… pas forcément.
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