The Eleventh Gate – Nancy Kress

Cher ami lecteur, j’aurais aimé pouvoir te recommander la lecture du dernier roman de Nancy Kress, The Eleventh Gate. Cher ami traducteur, j’aurais aimé pouvoir t’appeler à user de ta magie pour délier les arcanes de la langue de l’autrice américaine. Cher ami éditeur, j’aurais aimé pouvoir t’inviter à considérer ce space-opera pour embellir ton catalogue à venir. Mais je ne le ferai pas. Je ne le ferai pas car sa lecture fut pour moi pénible et plus d’une fois je me suis senti déconsidéré en tant qu’être sentient.

C’est toujours un peu sur mes gardes que j’aborde un texte de Nancy Kress, mais c’est aussi toujours avec grand espoir, car elle m’a ravi autant de fois qu’elle m’a déçu. Le recueil Danses aériennes est par exemple un très bel ouvrage dont les nouvelles réjouissent l’esprit et pour certaines titillent joliment la hard-SF – je pense par exemple à des textes comme Le Sauveur ou Shiva dans l’ombre. Mais même à la lecture de textes que j’ai moins aimés, jamais je n’ai eu le sentiment que Nancy Kress me prenait pour un imbécile. C’est fait avec The Eleventh Gate.

Le futur est lointain et la Terre a été ravagée (réchauffement climatique, guerres, inconséquence humaine, le lot habituel). L’humanité s’est réfugiée sur les huit mondes, huit planètes éloignées mais reliées par des portails dont on ignore l’origine ou le fonctionnement mais qui permettent à des vaisseaux spatiaux de se rendre de l’une à l’autre. Deux familles et deux systèmes politiques opposés règnent sur ces mondes. D’un côté, les Landry sont libertariens. Leur mode de gouvernance repose sur une absence de gouvernement et la responsabilité de chacun. Leurs planètes s’appellent Rand (pour Ayn Rand) ou Galt (pour John Galt, personnage d’Atlas Shrugged), ou encore New Hell. De l’autre, les Peregoy vous propose un régime autoritaire, sous la forme d’une compagnie dictatoriale. Seuls dix portails sont connus, mais la découverte d’un onzième va ranimer la rivalité entre les deux blocs interstellaires et un incident de type massacre à coup de bombe nucléaire dans l’espace va déclencher une impensable guerre après 150 ans de relative paix.

Nous sommes dans un cadre science-fictif connu et sans grande originalité. On pense inévitablement à Peter F. Hamilton et la saga du Commonwealth, à Ian McDonald et au cycle Luna, etc. Mais malheureusement, on pense aussi à Alfred E. van Vogt et au cycle du non-A, dans ce qu’il a de plus déraisonnable. Car Nancy Kress ne s’arrête pas à l’examen de deux systèmes politiques pour révéler leurs failles.

Il y a Tara Landry qui poursuit de ses ardeurs amoureuses le jeune biologiste Philip Anderson. Parce qu’elle est stupide, elle va déclencher la guerre entre les mondes. Une des tares dont le roman est affligé est l’extrême simplicité de ses arguments. Lorsque Nancy Kress explique que le super plan très complexe de Tara Landry pour sauver le monde échoue parce qu’elle arrive en retard car elle a eu une petite réparation à faire – oui, comme cela, en une phrase – je me sens insulté. Lorsque Nancy Kress explique que le super plan très complexe de Tara Landry pour sauver le monde consistait à tendre un piège que personne ne pourrait identifier mais que sur le piège en question il y a en grand le logo « Landry corporation », je me sens insulté. Lorsque…etc.

Philip Anderson lui n’a que faire de Tara Landry : il est à la recherche du grand Pourquoi. Le sens de la vie, de l’univers et du reste. Il va volontairement subir une opération du cerveau et devenir dieu parce qu’intrication quantique ! Nancy Kress se lance là dans une très vilaine farce mêlant transcendance mystique et mécanique quantique reprenant avec le plus grand sérieux les théories les plus délirantes de quelques charlatans américains tels que Deepak Chopra. Je me sens insulté.

Je ne prendrai pas plus de ton temps, lecteur, à te raconter que tout ceci ne mène nulle part. Comme je le disais en introduction, ce fut pour moi une lecture pénible et mon intérêt pour ce que ce roman avait à raconter a décru très rapidement, trop rapidement pour que j’en parle plus longuement. Je ne te le recommande pas.


  • Titre : The Eleventh Gate
  • Autrice : Nancy Kress
  • Publication : 5 mai 2020 chez Baen
  • Langue : anglais
  • Nombre de pages : 352
  • Format : papier et ebook


Catégories :Romans

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4 réponses

  1. Au moins tu as un avis tranché !
    Je suis assez d’accord avec toi à propos de Nancy Kress, j’ai aimé autant de titres de cette autrice que j’ai été déçue. Dommage pour ce nouveau roman…

    Aimé par 1 personne

  2. « déconsidéré en tant qu’être sentient. » tu m’as fait trop rire avec cette formulation qui veut tellement tout dire.

    Aimé par 1 personne

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