Permafrost – Alastair Reynolds

permafrostOn ne présente plus Alastair Reynolds. Si ? Bon d’accord. Avec le Cycle des Inhibiteurs (2000-2018), Les Enfants de Poséidon (2012-2015), ou encore l’immense House of Suns (2008), l’auteur britannique, ancien astrophysicien à l’ESA, s’est imposé comme le chef de file du nouveau space opera en sa Britannie natale, ainsi que comme l’un des fers de lance de la hard-SF au côté de son compatriote Stephen Baxter. On lui passera une récente incursion dans la littérature Young Adult avec Revenger en 2016 (Vengeresse, Bragelonne, 2018) qui a tout de même reçu le prix Locus du roman YA en 2017.

Alastair Reynolds change totalement de registre avec Permafrost, son dernier roman court ou longue novella de 178 pages, sorti le 19 mars. Il n’est plus question ici de voyage dans l’espace mais de voyage dans le temps. L’idée est aussi ancienne que la science-fiction. De La machine à explorer le temps de H.G. Wells (1895) à Time was de Ian McDonald (2018), plus de 1000 romans touchent au voyage dans le temps. (Le site Babelio en recense 1014.) Est-il possible de creuser de nouveaux sillons dans un champ qui a été autant labouré ? Oui, sans aucun doute, mais c’est un défi qu’Alastair Reynolds échoue à relever avec ce roman.

Permafrost parle de voyage dans le temps vers le passé, et plus précisément de 2080 vers 2028. Le cadre est, là encore, vu et revu : une société post-apocalyptique développe un programme de voyage dans le passé pour tenter de sauver l’humanité. Pensez à La Jetée de Chris Marker ou Terminator ou encore à la série netflix Time travellers.

Ici, le problème qui se pose à nos amis du futur est la famine qui menace d’extinction l’humanité en 2080. Suite à un effondrement écologique qui a amené à la disparition complète des insectes et donc à la stérilisation des terres, il n’y a plus une graine végétale disponible pour produire des récoltes. Les réserves mondiales de semences (comme celle de Svalbard en Norvège) ont échoué les unes après les autres. Une organisation tente encore de sauver l’humanité, la World Health. En son sein, le docteur Leo Cho dirige le programme Permafrost qui a pour but de remonter quelques années avant le grand drame écologique afin de sécuriser des graines fertiles et tenter de relancer l’agriculture en 2080. Le programme vise à former quatre voyageurs temporels : Valentina Lidova (la narratrice du roman), Antti, Miguel, et Vikram. Ils sont appelés « pilotes », car plutôt que voyager physiquement dans le passé, ils sont intriqués avec le passé à travers un hôte dont ils prennent le contrôle. Les canaux de communication vers le passé sont ouverts grâce à des sondes temporelles maintenues actives par des intelligences artificielles. Mais évidemment les choses ne vont pas se passer comme prévu, et les pilotes réaliseront à leurs dépens qu’ils ont ouvert la boite de Pandore. Je n’en dirai pas plus.

La structure du récit est assez traditionnelle pour un roman qui traite de voyage dans le temps. La narration fait des allers-retours entre le présent (2080) et le passé dans lequel la majeure partie du roman se déroule. Ainsi on apprend les origines du programme, le recrutement de Valentina, et on la suit en 2028. Classique mais efficace. Le rythme des révélations est parfaitement géré et alors que les éléments du puzzle se mettent en place, l’arc narratif principal fonce à grands pas vers sa conclusion. Malheureusement, le scénario est aussi très classique, pas mauvais en soi (si on oublie deux ou trois détails assez ridicules), mais sans aucune surprise. La grande révélation est elle-même décevante d’avoir déjà été trop vue. Dès lors, Permafrost peine à alimenter l’intérêt du lecteur.

Là où Alastair Reynolds propose un soupçon d’originalité, c’est dans l’approche scientifique des mécanismes de voyage dans le temps et la manifestation des paradoxes temporels. On retrouve l’attrait de l’auteur pour la hard-SF. Un passage central du roman est d’ailleurs consacré à ces questions, et en constitue à mon avis l’intérêt principal. Malheureusement, cela reste un peu facile car l’auteur se contente de faire appel à l’intrication quantique. L’intrication quantique est la poudre de perlimpinpin de la SF ces temps-ci. L’intrication quantique, ça coûte rien, personne ou presque ne sait ce que c’est, et on peut donc en faire tout et n’importe quoi. Ce genre d’explications en SF me satisfait rarement. Il n’y a bien que Greg Egan qui tire avantageusement ces ficelles là.

Conclusion lapidaire

Quel dommage ! Alastair Reynolds avait quelques bonnes idées et aurait pu écrire sur le voyage dans le temps un roman un minimum novateur, ou du moins intéressant, mais non,  il se contente avec Permafrost d’agiter des chiffons déjà vus mille fois. Permafrost au final n’a que fort peu d’intérêt. Il ne propose ni concepts nouveaux sur le thème, ni histoire particulièrement accrocheuse. Ce court roman est un service minimum de la part d’un auteur dont on a connu beaucoup mieux.


D’autres avis de lecteurs : Apophis.


Titre : Permafrost
Auteur : Alastair Reynolds
Publication : 19 Mars 2019 chez Tor.com
Langue : anglais
Nombre de pages : 178
Format : papier et ebook



Catégories :Romans

20 réponses

  1. La conclusion me fait penser aux bulletins du conseil de classe que j’ai eu hier… 😛

    Aimé par 1 personne

  2. Ha zut :-/
    Par curiosité, avais-tu aimé Les Enfants de Poséidon ?

    J'aime

  3. Argh… Je dois le commencer ce soir, je suis beaucoup moins motivé, du coup 😀

    Aimé par 1 personne

  4. Si il y a eu plus 1000 romans évoquant le voyage dans le temps, il est peut être difficile d’être novateur… 😉

    On verra si il est traduit par chez nous et à ce moment là on se posera la question de sa lecture. lol

    Aimé par 1 personne

    • Charles Stross avait su être novateur avec Palimpseste. Ian McDonald avec Time Was, quand bien même il n’explique pas grand chose, propose tout de même une histoire intéressante. Le problème de Permafrost est que tout est déjà connu. Il n’y a aucune surprise. Y compris la grande révélation dont on se doute dès le début parce qu’on l’a vu ailleurs. Pour moi ça gâche tout.

      J'aime

  5. Je l’ai fini entre midi et deux (critique à suivre demain). Je te rejoins sur l’écrasante majorité des points. Il est pire que mauvais : il est quelconque.

    Aimé par 1 personne

  6. je crois que j’ai beaucoup mieux à lire de lui!

    Aimé par 1 personne

Rétroliens

  1. Nomads – Dave Hutchinson – L'épaule d'Orion – blog de SF
  2. Permafrost – Alastair Reynolds | Le culte d'Apophis
  3. Lectures d’avenir (Hiver- Printemps 2019) – L'épaule d'Orion – blog de SF
  4. Terminus – Tom Sweterlitsch – L'épaule d'Orion – blog de SF

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :