Upon this rock: Book 2 – Glassing the orgachine – David Marusek

orgachine

Upon this rock : Book 2 – Glassing the Orgachine, deuxième tome de la trilogie pentalogie Upon this rock de David Marusek, est sorti le 7 Janvier. Comme pour le premier tome, et sans doute les suivants, l’auteur a opté pour l’autopublication. Si vous ne l’avez pas déjà fait, je vous conseille de lire ma critique du premier livre, Upon this rock : Book 1 – First Contact, avant de poursuivre votre lecture de ce billet.

Comme tout deuxième tome d’une trilogie pentalogie, Glassing the Orgachine a la difficile tâche de faire le pont entre la mise en place d’une intrigue et sa résolution tout en faisant avancer l’histoire. Un deuxième tome est rarement le meilleur d’une série. D’autant qu’ici, il arrive après un premier acte magistral qui m’avait totalement ébloui. Glassing the Orgachine est honnêtement très bien, mais je n’en ressors pas aussi séduit que par First Contact et je vais tâcher de vous expliquer pourquoi.

Dans First Contact, David Maruwek avait eu l’excellente idée de provoquer un premier contact avec une conscience venue d’ailleurs, au beau milieu de l’Alaska, et d’y confronter deux perceptions opposées des événements : celle illuminée d’une famille de psychopathes ultra-religieux, la famille Prophecy, et celle plus « rationnelle », ce qui relève déjà d’un parti pris de ma part, du ranger Jace Kuliak. La confrontation de ces deux visions faisait la dynamique du roman. Marusek s’y intéressait principalement au point de vue des Prophecy et proposait au lecteur une immersion totale d’une part dans le mode de vie des zones reculées en Alaska et d’autre part dans le cauchemar familial d’un fondamentalisme despotique. De cette conscience venue d’ailleurs on ne savait encore pas grand-chose si ce n’est qu’après des premiers moments d’hésitation, celle-ci avait rapidement appris à utiliser la psychologie et les croyances de chacun pour se révéler (ou pas).

 E.T. téléphone maison.

Dans sa première moitié, Glassing the Orgachine donne à lire le point de vue de Jace Kuliak. Jace est un jeune ranger saisonnier du parc national de Wrangell – Saint-Elie. Originaire du Colorado, il est âgé d’une vingtaine d’années et s’est installé dans la petite ville de McHardy. Contrairement aux membres de la famille Prophecy, il n’est pas croyant et il est le produit d’un monde moderne baigné d’internet, de séries TV et de films de cinéma. (Au sujet des nombreux personnages, un dramatis personae en fin d’ouvrage s’avère très utile.) Comme tout jeune américain de sa génération, la science-fiction grand public fait partie de sa culture de base. Contacté par la conscience venue d’ailleurs, il va le voir comme un extra-terrestre, version créature de Roswell, ou petit gris verdâtre aux grands yeux, ou encore comme il le dit lui-même « un être qui aurait pu avoir été créé par Steven Spielberg ». Il va le nommer « sausage boy ». Il n’est plus question ici de lutte biblique entre les anges et les démons. Sausage boy, qui préfère qu’on l’appelle Missing One, a d’importantes révélations à faire à Jace et va lui demander son aide. Marusek fait ici volontairement appel à de nombreux clichés de la SF. Sausage boy serait lui-même une sorte de ranger de l’espace, au beau milieu d’une guerre galactique, et la Terre est en passe d’être détruite par une race extra-terrestre qui menace son propre peuple. Jace va ainsi se laisser entraîner dans différentes missions dont le but est de fournir à Sausage boy suffisamment d’énergie pour survivre et un moyen de communiquer avec les siens. E.T. téléphone maison, donc. Il y aura des hélicoptères, des agents du FBI, des installations scientifiques, etc, et même des zombies… enfin, non.

“- What’s the fucking difference?
– It’s common knowledge that zombies are the soulless undead with no consciousness or personality, no initiative, and no purpose other than to eat living brains. Also, they’re entirely fictional. »

Comme il l’avait fait dans le premier tome avec de courts récits renvoyés en fin d’ouvrage, David Marusek propose deux suppléments à lire qui rapportent les discussions entre Missing One et Jace : What reverse cyborgs want et Dialogue with the alien on faith. IL FAUT lire ces textes. Marusek y expose une vision matérialiste du monde digne de l’Homme machine de Julien Offray de La Mettrie (1748), mais dans une version XXIè siècle qui inclut la neurobiologie, l’épigénétique, ou encore la singularité technologique. La manière dont Missing One se présente à Jace donne l’occasion à David Marusek d’introduire une idée pour le moins originale. Missing One explique à Jace que les humains sont des cyborgs en devenir, des bébés cyborgs. Que notre passion pour les outils et les machines nous amène inexorablement sur la voie de l’augmentation cybernétique de nos corps. Que c’est déjà le cas via les implants de prothèses ou l’externalisation de notre mémoire vers les outils informatiques, le cloud, internet. Missing One, lui, vient d’un peuple de machines post-post-post-singularité qui s’augmentent en se dotant de corps organiques. Ce sont les orgachines du titre, des cyborgs inversés. Ainsi, la trilogie se dote d’attraits hard-SF très séduisants. Sous la forme de dialogues truculents, ces passages sont parmi les meilleures pages du livre.

Judgement day

Dans la deuxième partie du livre, David Marusek élargit le théâtre des opérations en sortant le récit de la petite ville de McHardy. La menace contre la Terre se précise (nous en avions déjà eu un avant-goût dans les dernières lignes de First Contact) et Missing One, maintenant connu sous le nom de Found One, se fait connaître des dirigeants de la planète (Take me to your leaders) pour proposer son aide. Là encore, nous assistons, mais cette fois-ci à plus grande échelle, au fait que cette conscience apparaît à ses interlocuteurs sous une forme qui correspond à leurs croyances personnelles. Deux personnes côte à côte ne le perçoivent pas de la même manière, y compris via l’intermédiaire d’une vidéo. David Marusek en profite pour moquer les religions et il ne faudra pas être soi même trop croyant pour apprécier certaines pages, si jamais l’idée d’une jeune femme mouillant sa petite culotte devant l’ange Gabriel vous choque.  (Notez que, s’il moque les religions, il ne moque pas le sentiment religieux comme il le montre dans le texte Dialogue with the alien on faith). Par ailleurs, Found One va tout faire pour rapprocher Deuteronomy Prophecy, la fille aînée de la famille, et Jace Kuliak, alors que la question religieuse justement les oppose, sans que l’on sache bien pourquoi à ce stade.  

On l’avait compris dès le premier tome, et on en a ici la confirmation, tout ceci ressemble beaucoup à une immense manipulation. C’est là l’un des problèmes de ce livre. Si cette idée est très séduisante et fait la joie de la lecture pendant un temps, à force de trop jouer cette carte, David Marusek prend le risque de diluer l’intérêt du roman. Alors qu’il était jusqu’ici très immersif, on se détache inévitablement d’un récit dans lequel on doute systématiquement de la véracité de ce qui nous est raconté. On ne comprend pas les motivations de Found One, jusqu’à un final WTF où on se dit « Mais à quoi il joue ? »

 Contrairement à FirstContact, il m’aura manqué un fil conducteur plus net dans Glassing the Orgachine. D’autant que David Marusek multiplie les arcs narratifs impliquant divers personnages, dont la famille Prophecy ou encore le clone de Sarah Palin, sans pour autant les refermer. De nombreuses scènes restent ainsi en suspend et leur utilité dans l’ouvrage n’est pas évidente. Pour le dire autrement, Glassing the Orgachine part un peu dans tous les sens et aurait largement bénéficié d’un scénario plus resserré. J’avais comparé le premier tome à une rencontre entre  Kirinyaga de Mike Resnik  et The Thing de Carpenter. Avec Glassing the Orgachine, c’est clairement plutôt vers Le problème à trois corps de Cixin Liu qu’il faut aller regarder, sans le côté dépressif de l’auteur Chinois. Autant que je puisse en juger, car à ce stade, rien n’est acquis et on ne sait plus du tout dans quelle direction Marusek va porter le récit dans le troisième volume. Ce troisième tome n’est pas encore écrit, et sa date de parution n’est pas connue à ce jour (ce qui entre nous est absolument insupportable).

Conclusion lapidaire

Moins charmé donc par ce deuxième tome malgré un scénario qui prend de l’ampleur, une approche beaucoup plus science-fictive tirant vers la hard-SF, de belles pages et de très belles idées, un humour pince sans rire dévastateur (le supplément contenant des exemples de messages personnels envoyés par Found One à différentes personnes est à se pisser dessus). Il me manque une ligne directrice pour m’emporter totalement. Gageons que tout s’éclairera dans le troisième tome. Ou plutôt, prions !


Titre : Upon this rock : Book 2 – Glassing the orgachine
Série : Upon this rock (2/5)
Auteur : David Marusek
Publication : 7 Janvier 2019
Langue : anglais
Nombre de pages : 370
Support : papier et ebook

Sur Amazon : Upon This Rock: Book 2 — Glassing the Orgachine



Catégories :Cycles, Romans

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9 réponses

  1. Le coup de l’entité qui apparaît d’une façon différente selon qui la regarde m’a fait penser à ça :

    Aimé par 1 personne

  2. Cher Feyd,
    A la lecture de ton papier sur le tome 1 (qui l’a enchanté), David Marusek m’a rappelé que le projet global est une pentalogie.
    Bon week-end !

    J'aime

  3. j’ai déjà acheté le un suite à ta chronqiue…. je vais opter déjà pour le deux en priant également ! 🙂

    Aimé par 1 personne

  4. C’est ce qui s’appelle de la lecture rapide !

    Aimé par 1 personne

Rétroliens

  1. Upon this rock: Book 1 – First contact – David Marusek – L'épaule d'Orion – blog de SF

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