Les Contrées du rêve – Howard Phillips Lovecraft

C1-Contrées-du-rêveL’intérêt principal de ce recueil est de rassembler l’ensemble des contes oniriques du maître de Providence en un seul volume. Ce ne sont pas les écrits les plus connus de Lovecraft, contrairement aux textes relevant du mythe de Cthulhu, mais ce ne sont pas des textes mineurs pour autant à mon avis, car cet ensemble livre une vision différente mais cohérente de l’univers de l’auteur. Ce sont aussi des textes dans lesquels le style si particulier de Lovecraft s’exprime pleinement. Autant dire que si vous n’êtes pas amateur des textes plus célèbres, ce n’est pas avec ce recueil que vous vous réconcilierez avec Lovecraft.

Ces textes, je les ai déjà sous différentes versions, dont certains volumes datant des années 80 qui tombent en lambeaux d’avoir été trop manipulés, aux pages jaunies et rendues craquantes au point qu’ils évoquent le Necronomicon. L’intérêt pour moi était donc de rafraîchir ma bibliothèque et de lire cette nouvelle traduction annoncée comme plus fidèle. De ce point de vue, je dois dire une certaine déception. J’ai les versions originales, les traductions de Bernard Noël (avec lequel David Camus se veut le plus critique), et les versions révisées par différents traducteurs et publiées chez Robert Laffont. Cela m’a permis de me livrer au jeu des comparaisons.

La traduction de David Camus tend à moderniser Lovecraft. Si bien souvent, il faut le reconnaître le texte est quelque peu redynamisé, conceptuellement c’est à mon sens une erreur. A l’époque à laquelle il écrivait, son style était déjà considéré comme suranné, et c’est précisément cela qui participe à l’étrangeté de ces textes. Soyons honnête, tout n’est pas bon chez Lovecraft et certains textes sont même assez mauvais. Si vous leur retirez cette étrangeté en modernisant le style, pour certains il n’en reste rien. Cette tentative de modernisation, sans doute pour séduire un nouveau lectorat, souvent pèche par volonté de simplification.

Exemple sur la première phrase du conte Hypnos : la version originale est « May the merciful gods, if indeed there be such,… ». David Camus simplifie en « Puissent les dieux miséricordieux, s’ils existent,… » Au niveau du style, « s’ils existent » fait un peu pauvre face à « if indeed there be such ».

Des exemples comme celui là, on peut en relever par dizaines. Ce n’est pas très grave, mais cela appauvrit le texte. Il y a plus grave. Cette volonté de modernisation va parfois jusqu’à la faute impardonnable.

Exemple tiré du texte « Le Témoignage de Randolph Carter ». Dans la version originale, on trouve la phrase « Close the damned steps » qui avait été traduite de manière très fidèle par Bernard Noël sous « Fermez les damnés escaliers ». Ici, David Camus se permet un « Fermez ces p u t a i n s d’escaliers ». Jamais Howard Phillips Lovecraft n’aurait fait usage d’un terme aussi vulgaire, ni dans ses textes ni dans sa correspondance. Pour moi, là, cela relève d’une trahison de l’auteur.

De même, Camus traduit « Great Ones » par « Très Hauts ». Certes la traduction précédente par « Grands Anciens » était fautive car les « Great Old Ones » sont dans le panthéon lovecraftien une toute autre catégorie de Dieux, puissants, auquel le fameux Cthulhu par exemple appartient. Les Great Ones, ce sont des dieux qu’on ne rencontre que dans les Contées du rêve, ce sont des dieux faibles et idiots, à ce point qu’ils doivent être protégés des hommes par Nyarlathotep. Les renommer les Très Hauts me semble leur accorder un statut qu’ils n’ont pas et évoque une idée d’élévation qui ne correspond pas à l’image de ces faibles dieux de la Terre. Pour la traduction du roman de Kij Johnson « La quête onirique de Vellit Boe« , Florence Dolisi a préféré les « Anciens » et je trouve que cela fonctionne mieux.

Certes, je pinaille, et il faut tout de même rendre hommage au travail de David Camus, notamment dans la réécriture complète des textes La Clef D’argent et A travers les portes de la clef d’argent dont les traductions de Bernard Noël étaient vraiment très pauvres. Mais là encore, je trouve à pinailler. Par exemple, Lovecraft écrit dans la Clef d’Argent « The things that are » (les choses qui sont). David Camus traduit cela par « la réalité ». (Bernard Noël faisait pire et proposait « les choses visibles »). Alors, oui, mais non. Dans l’esprit torturé de Randolph Carter, dire « les choses qui sont » à la place de « la réalité » a un sens. Et d’un point de vue purement fantastique, « les choses qui sont » est une subtilité nettement plus évocatrice et flippante que « la réalité ».

Au final, s’il y a sur l’ensemble du recueil un effort manifeste de traduction pour se rapprocher des textes originaux, il y a aussi pour moi des erreurs gênantes qui font que nous n’en sommes pas encore à la fidélité revendiquée.

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Livre : Les Contrées du rêve
Auteur : Howard Phillips Lovecraft
Publication : 2010
Langue : Français (Traduction de David Camus)
Nombre de pages : 304
Format: papier



Catégories :Nouvelles

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